RAM six fois plus chère : régler PHP et MySQL avant d'acheter, et le reconditionné en question
Publié le 16 octobre 2026 — Analyse de marché, côté infrastructure

En bref. La barrette de RAM serveur de 64 Go est passée d'environ 255 $ à l'été 2025 à plus de 1 600 $ en octobre 2026. OVHcloud, Scaleway et Hetzner ont répercuté la hausse sur leurs tarifs, le reconditionné suit le mouvement, et les fabricants ne voient pas de détente avant 2028.
Notre conseil. Avant de payer de la mémoire au prix fort, vérifiez qu'elle est vraiment consommée par la charge utile, et pas par une configuration PHP ou MySQL laissée par défaut. C'est souvent le cas, et ça ne coûte que quelques heures de réglage.
Le scénario classique : un serveur qui « manque » de mémoire
Un site marchand sur un serveur dédié, quelques dizaines de gigaoctets de RAM. Le site tombe, repart, retombe quelques jours plus tard. En regardant de près, les processus PHP-FPM ont chacun grossi jusqu'à occuper plusieurs centaines de mégaoctets, voire davantage, et rien ne limite leur nombre : à eux seuls, ils finissent par prendre la majeure partie de la mémoire. La base de données occupe le reste. Il n'y a plus rien de libre.
Quand la mémoire manque, le noyau Linux déclenche l'OOM killer, qui tue en priorité le processus qui occupe le plus de mémoire. Ce n'est aucun des processus PHP pris isolément, mais la base de données. Elle s'arrête net, en pleine écriture, et les tables au format MyISAM peuvent en sortir abîmées : MyISAM ne sait pas se remettre seul d'un arrêt brutal, contrairement à InnoDB. Il faut alors réparer avant de remettre le site en service.
Reste la cause. La réponse réflexe, c'est « il faut un serveur plus gros ». À titre de repère, un serveur OVHcloud de 128 Go (SYS-4, AMD EPYC 7371, DDR4) était affiché à 89,99 € HT par mois, plus 89,99 € HT de frais d'installation, soit 179,98 € HT le premier mois (relevé le 15 octobre 2026, les prix bougent en ce moment), sans compter la migration. Or la mémoire n'est pas consommée par le trafic, mais par des processus qui grossissent sans jamais être recyclés. Ce qui règle la cause, c'est la configuration :
- Recycler les processus PHP avec
pm.max_requests: au bout de quelques centaines de requêtes, le processus est relancé et rend la mémoire qu'il avait accumulée. - Plafonner leur nombre et leur taille avec
pm.max_childrenetmemory_limit, calculés à partir de la mémoire réellement disponible une fois la base et le système servis. Attention :memory_limitborne un script, pas le processus (le cache d'opcodes et les extensions s'y ajoutent) ; c'est le recyclage qui empêche les processus de grossir. - Protéger la base de l'OOM killer avec
OOMScoreAdjustdans son unité systemd : si la mémoire vient encore à manquer, c'est un processus PHP qui tombe, donc une requête, et non la base entière.
Le principe du calcul, avec des valeurs d'exemple à adapter à chaque serveur :
# Mémoire pour PHP = RAM totale - base de données - système # 64 Go - 24 Go - 6 Go = 34 Go # Avec memory_limit = 512M et une marge, environ 60 processus au plus. ; pool PHP-FPM (exemple) pm = ondemand pm.max_children = 60 pm.max_requests = 500 php_admin_value[memory_limit] = 512M # systemctl edit mysqld (ou mariadb) [Service] OOMScoreAdjust=-800
Côté base, un passage de MySQLTuner pour dimensionner les buffers et la conversion des tables MyISAM restantes en InnoDB complètent le tableau. Coût matériel de l'ensemble : zéro. Et c'est exactement le genre de dérive qu'un suivi de la mémoire par processus repère des semaines avant le premier arrêt.
Les prix : la RAM serveur multipliée par six en un an
Selon Counterpoint Research, une barrette RDIMM de 64 Go est passée de 255 $ au troisième trimestre 2025 à 450 $ au quatrième, puis à 927 $ fin mars 2026. Le relevé mensuel de CFM la place à 1 630 $ en septembre et en octobre. Sur la même période, TrendForce a mesuré +93 à +98 % sur les prix contrats de la DRAM au seul premier trimestre 2026.
Les hébergeurs ont suivi. Le tableau ci-dessous ne retient que les chiffres publiés par l'hébergeur lui-même ou vérifiés sur sa grille tarifaire.
| Hébergeur | Quand | Ce qui augmente |
|---|---|---|
| OVHcloud | 1er juillet (options RAM et disque), 11 août (nouvelles commandes), 1er octobre 2026 (serveurs en place, au renouvellement) | Game Gen 2026 : +74 % (GAME-2) et +100 % (GAME-1). Advance Gen 2026 : +25 à +74 %. Options mémoire en commande neuve : +127 % en médiane, l'extension de 64 Go d'un ADVANCE-1 passe de 26 à 67 €. |
| Scaleway | 1er juin 2026 | Elastic Metal EM-I220E-NVMe : de 199,99 à 229,99 € par mois (+15 %). EM-I320E-NVMe et Dedibox Core-10-M, deux offres qui avaient le même prix : toutes deux de 299,99 à 349,99 € (+16,7 %). |
| Hetzner | 1er avril, puis 15 juin 2026 (nouvelles commandes) | En juin, le cloud dédié CCX13 passe de 15,99 à 42,99 € par mois (+169 %), le CPX22 de 7,99 à 19,49 €. |
Sources : billet OVHcloud du 17 août 2026, qui résume : « DDR5 RAM now costs six times as much as it did a year ago » ; billet Scaleway du 27 avril 2026 ; heise pour la hausse Hetzner d'avril et WZ-IT pour les grilles de juin. Chez OVHcloud, un abonnement prépayé permet de conserver l'ancien tarif. Si vous êtes chez l'un de ces hébergeurs, c'est le moment de relire vos renouvellements : nous assurons l'infogérance de serveurs OVHcloud, comme celle de serveurs Hetzner.
Pourquoi : l'IA a préempté les usines de mémoire
Les trois fabricants qui font l'essentiel de la DRAM mondiale (Samsung, SK hynix, Micron) ont orienté leurs lignes vers la mémoire HBM des accélérateurs d'IA. Selon un dirigeant de Samsung cité par TrendForce, la HBM occupe environ 20 % de la capacité de production de DRAM aujourd'hui et près de 30 % en 2027, avec une consommation de silicium environ trois fois supérieure à celle de la DRAM classique par puce. Ce qui reste pour les serveurs ordinaires part d'abord aux grands clouds américains, qui ont signé des contrats pluriannuels plafonnant leurs hausses : selon TrendForce, ce sont désormais les clients sans ce type de contrat, comme les hébergeurs européens, qui portent l'essentiel des hausses.
Les stocks des fabricants sont qualifiés d'« extrêmement bas », et la DDR4, la mémoire des serveurs des générations précédentes, est en cours d'abandon : plusieurs fabricants préparent leur sortie de la DDR4 en 2026.
Pourquoi le reconditionné augmente aussi
On pourrait penser que le serveur d'occasion échappe à la crise. Ce n'est pas le cas, pour quatre raisons. Les deux premières sont mécaniques, les deux dernières reposent surtout sur ce que disent les revendeurs, faute d'indice de prix indépendant.
- La RAM est dans le serveur. Un serveur reconditionné se vend avec sa mémoire, et c'est elle qui a flambé. Un site d'estimation donne la barrette DDR4 de 32 Go d'occasion à +335 % sur un an : une indication, pas une mesure de marché.
- La DDR4 ne se renouvelle plus. Les serveurs Intel jusqu'à Ice Lake et AMD jusqu'à Milan, qui forment l'essentiel du reconditionné, utilisent de la DDR4. Sa production neuve s'arrête : le stock d'occasion ne fait que s'épuiser.
- La demande se reporte. Les acheteurs que le neuf fait fuir se tournent vers l'occasion, et les revendeurs alignent leurs prix.
- Les grands clouds gardent leurs serveurs plus longtemps. Microsoft (rapport annuel 2022) puis Alphabet (rapport annuel 2022) ont porté la durée de vie comptable de leurs serveurs de quatre à six ans. Le mouvement n'est pas uniforme : Amazon l'a ramenée de six à cinq ans pour une partie de ses serveurs en 2025, en invoquant le rythme de l'IA. Des serveurs gardés plus longtemps, c'est moins de déstockage et donc moins d'offre : c'est logique, mais aucune donnée publique ne le chiffre encore.
Le reconditionné reste nettement moins cher que le neuf. Mais l'écart se resserre là où la RAM pèse lourd dans la configuration, c'est-à-dire précisément sur les serveurs de virtualisation et de bases de données.
Est-ce pertinent de passer au reconditionné en 2026 ?
Oui, à condition de choisir la génération. Le prix n'est plus le seul critère : le carbone plaide pour, la sécurité fixe la limite.
Le carbone : en France, c'est la fabrication qui pèse
L'électricité française a émis 19,6 gCO₂e par kWh en 2025 selon le bilan électrique de RTE, contre 178 g en moyenne européenne. Sur un réseau aussi peu carboné, l'énergie consommée pendant la vie du serveur pèse peu, et c'est sa fabrication qui domine.
L'analyse de cycle de vie du Dell PowerEdge R760 (septembre 2025) donne, en scénario européen et sur quatre ans, 428 kgCO₂e pour la fabrication et 2 526 kg pour l'usage, pour 7 893 kWh consommés en charge légère à moyenne. Dell conclut que l'usage domine. Notre estimation pour la France : en reprenant la même consommation avec un facteur de 20 à 50 gCO₂e/kWh (la valeur RTE de production directe, et une valeur haute en cycle de vie), l'usage tombe entre 158 et 395 kg. La fabrication représente alors entre la moitié et les trois quarts de l'empreinte du serveur. C'est un calcul de notre part, sur une configuration légère (32 Go de RAM, deux SSD), pas un chiffre du constructeur.
Le CERN estime le carbone de fabrication de ses serveurs récents entre 1,5 et 3,5 tonnes et constate qu'avec le mix français ce poste domine sur toute la durée de vie. L'écart avec les 428 kg du Dell R760 tient à la configuration et au périmètre. Le R760 évalué par Dell est une machine légère (deux Xeon Silver de 12 cœurs, 32 Go de RAM, deux SSD), or le carbone de fabrication se concentre dans les puces (processeurs, mémoire, SSD) : un serveur de calcul bien plus doté en mémoire et en stockage en porte plusieurs fois plus. Et le chiffre du CERN est une estimation interne, sans méthode détaillée dans la note, quand celui de Dell suit une analyse de cycle de vie normalisée. Les deux ne mesurent pas la même machine. Une étude de l'université d'Umeå présentée au même forum montre que, sur un réseau peu carboné, garder le matériel sept à dix ans réduit les émissions totales. Prolonger la vie d'un serveur, ou en racheter un plutôt que d'en faire fabriquer un neuf, est donc en France l'un des leviers carbone les plus efficaces.
La sécurité : la vraie limite
Un processeur dont le fabricant ne publie plus de correctifs de microcode ou de firmware reste exposé aux failles découvertes après cette date. Intel publie ses dates de fin de maintenance (End of Servicing Updates) :
| Génération Xeon Scalable | Fin des correctifs Intel |
|---|---|
| 1re (Skylake) | 31 décembre 2023 |
| 2e (Cascade Lake) | 30 juin 2025 |
| 3e (Cooper Lake) | 30 juin 2026 |
| 3e (Ice Lake) | 30 juin 2027 |
Intel précise qu'une maintenance étendue reste possible au cas par cas, via le constructeur du serveur. Côté AMD, le bulletin AMD-SB-3023 classe la faille CVE-2025-52533 à 8,7 sur les EPYC de première et deuxième génération (Naples et Rome), avec la mention « no fix planned » : aucun correctif n'est prévu, alors que la troisième génération (Milan) a été corrigée (synthèse Thomas-Krenn).
En pratique, un Skylake, un Cascade Lake, un Naples ou un Rome reste acceptable pour un usage interne cloisonné (sauvegarde, recette, calcul ponctuel). Pour un serveur exposé à Internet ou qui héberge plusieurs clients, visez Ice Lake ou Milan au minimum, en sachant qu'Ice Lake sort lui-même de la maintenance Intel en juin 2027.
La consommation : attention aux générations trop anciennes
Les serveurs récents font plus de travail par watt. Selon l'Uptime Institute, sauter deux générations améliore l'efficacité énergétique de 150 à 300 % chez AMD et de 50 à 100 % chez Intel, à condition de regrouper la charge sur moins de machines. Remplacer un serveur peu chargé par un neuf tout aussi peu chargé ne rapporte presque rien. Un serveur trop vieux perd sur la facture d'électricité ce qu'il fait gagner à l'achat ; en France, le carbone lui reste favorable.
| Critère | Neuf | Reconditionné récent (Ice Lake, Milan) | Reconditionné ancien (Skylake à Rome) |
|---|---|---|---|
| Prix d'achat | Le plus élevé, RAM au prix fort | Inférieur, mais l'écart se resserre | Le plus bas |
| Carbone (France) | Fabrication à amortir | Fabrication déjà émise | Fabrication déjà émise |
| Consommation | La meilleure | Correcte | Nettement plus élevée par unité de travail |
| Correctifs de sécurité | Pour plusieurs années | Ice Lake : juin 2027 ; Milan : non publié par AMD | Terminés ou partiels |
Quand espérer une baisse ? Pas avant 2028
- TrendForce prévoit que les prix de la DRAM serveur continuent de monter chaque trimestre jusqu'au second semestre 2027, à un rythme plus lent, et anticipe déjà une pénurie en 2027.
- Les nouvelles usines ne démarreront vraiment qu'au second semestre 2027, et leur production ne pèsera pas avant 2028.
- Micron, le 1er octobre, a été plus pessimiste encore : le marché sera « much tighter in calendar 2027 and 2028 than in 2026 », et le fabricant ne voit pas quand l'offre et la demande se rééquilibreront.
- OVHcloud écrivait dès mars que les prix ne reviendraient pas à leur niveau historique avant 2028, avec un retour progressif à la normale visé en 2029.
Attendre la baisse pour acheter, c'est donc parier sur deux ans au moins. Pour un serveur qui manque de mémoire aujourd'hui, la question utile n'est pas « quand acheter » mais « de combien ai-je vraiment besoin ».
Ce que nous conseillons avant de racheter de la mémoire
- Mesurer qui consomme. Mémoire par processus sur plusieurs jours, pas un instantané. Un pool PHP sans plafond ou un buffer MySQL surdimensionné se voient tout de suite.
- Régler avant d'acheter. PHP-FPM, MySQL ou MariaDB, cache applicatif : quelques heures de réglage peuvent valoir plusieurs dizaines de gigaoctets. Pour les bases, un audit MariaDB remet les buffers à la mesure de la charge réelle.
- Sécuriser son tarif. Si un renouvellement approche chez un hébergeur qui augmente, regardez les engagements prépayés avant l'échéance.
- Si le besoin est réel, regarder le reconditionné récent. Ice Lake ou Milan pour un serveur exposé, des générations plus anciennes pour des usages internes cloisonnés.
- Prolonger ce qui tourne. En France, garder un serveur sain un ou deux ans de plus est un geste carbone réel. Nous reprenons l'infogérance de serveurs existants pour justement les faire durer.
Pour aller plus loin
- → Ce que comprend notre infogérance — supervision, réglages, mises à jour et astreinte.
- → Sauvegarder un cluster Galera sans le ralentir — un autre cas MariaDB de terrain.
- → Tous nos use cases Managed Services
Votre serveur manque de mémoire ?
Avant de changer de machine, on mesure ce qui consomme vraiment, on règle PHP et la base de données, et on vous dit si un serveur plus gros, neuf ou reconditionné, est encore nécessaire.
01 77 62 42 42